"L’inflation des diplômes" ne doit pas masquer le problème de la répartition du travail

Billet d’humeur d’un COP
lundi 30 janvier 2006

L’ouvrage récent de Marie Duru-Bella sur "l’inflation des diplômes" est pain-béni pour un gouvernement qui veut démanteler le service public d’éducation nationale. Pourtant, le problème n’est pas l’inflation des diplômes (c’est une bonne chose que le niveau d’études monte), mais le manque d’emplois, lié à une mauvaise répartition du travail.

- Qui dit "inflation" (des diplômes) implique perte de valeur ou "dévaluation" des diplômes. Empruntée au langage des économistes libéraux ou néo-libéraux, cette comparaison qui semble intuitivement juste peut séduire, mais peut-on comparer la sphère des biens et services marchands à celle de l’éducation ?

Pour continuer à filer la métaphore économique d’inspiration très libérale, la valeur d’un bien dépendrait de sa rareté. Marx, avec sa notion de "valeur travail" (présente aussi chez Ricardo), a vigoureusement bataillé contre cette idée répandue par les économistes libéraux des 18é et 19é siècle en particulier.

-Le marché de l’emploi ne peut pas absorber tous les diplômés, nous dit M Duru-Bella ; c’est vrai et ce n’est pas nouveau. Rassurez-vous, les diplômes de Polytechnique ou de l’Essec ne sont pas menacés.

Mais n’est-ce pas aussi parce que le marché du travail ne crée pas assez d’emplois ? La fonction symbolique du diplôme est également oubliée.

-Cette remise en cause des diplômes n’est pas isolée, elle s’inscrit dans un mouvement plus général. Les propos de M Duru-Bella risquent , malgré elle, d’apporter de l’eau au moulin de celles et ceux qui remettent carrément en cause la notion même de diplôme.

Les dérives actuelles de la validation d’acquis et d’expérience (VAE) commencent à le montrer. Au lieu d’ être une session de "rattrapage", elle risque de devenir une voie de formation initiale. Mais cette idée de relative universalité du diplôme réputé national (à l’heure de la décentralisation ça fait désordre), diplôme organisé de plus souvent par l’État ou ses succursales, gêne dans l’univers néo-libéral actuel.

Les concours de la fonction publique qui s’articulent encore souvent autour de la notion de diplôme vont-ils continuer encore longtemps à exister avec la chasse ouverte aux fonctionnaires trop diplômés, pas assez flexibles et à la précarité insuffisante ?

-Plus largement, et plus insidieusement, cette remise en cause du diplôme peut déboucher facilement sur la remise en cause de l’école elle-même, qui coûte bien trop cher nous dit-on.

Pourquoi dépenser des fortunes pour préparer les jeunes à des diplômes qui ne servent à rien puisqu’ils ne permettent pas l’insertion de leurs titulaires ? Et pour ceux et celles qui n’ont rien, ni diplôme ni qualification, on appelle l’armée au secours.

Les mesures budgétaires prises très récemment par le gouvernement montrent que celui-ci a reçu le message 5 sur 5. Depuis la baisse du recrutement de profs (près de 30% de postes en moins en quelques années), en passant par la fermeture massive de sections en LP, sans oublier l’apprentissage "junior" à 14 ans et l’apprentissage "pas junior" à 15 ans, qui externalisent vers les entreprises et les régions une partie de la formation des jeunes.


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