Bourse de gauche ou bourse de droite : voilà la seule alternative possible ???

Quand le PS admire les bourses de Fillon
mercredi 26 avril 2006

Lorsque la loi Fillon, l’an dernier, a instauré des bourses au mérite, les lycéen-ne-s sont massivement descendu-e-s dans la rue. Quelques syndicats, dont SUD, ont lutté à leurs côtés contre ce symbole de la régression sociale. Aujourd’hui le PS va encore plus loin que l’UMP.

Lu dans Le Monde du 26 avril
Ségolène Royal s’apprête à lancer en Poitou-Charentes des "bourses au mérite" pour les lycéens désireux d’embrasser une carrière scientifique. Réservées, dit-elle, aux "bons élèves", ces bourses, d’un montant de 1 000 euros, seraient attribuées à ceux dont les revenus se situent juste au-dessus du seuil requis pour bénéficier des bourses d’enseignement supérieur.

C’est exactement ce que propose l’UMP, avec la loi Fillon ! Les élèves qui n’ont pas de bons résultats scolaires seront donc pénalisé-e-s financièrement. Etant entendu que les élèves ont maintenant une "note de vie scolaire", comptant dans leur moyenne, et évaluant leur comportement, ce sont aussi les élèves remuant-e-s qui sont pénalisé-e-s financièrement.

Les enseignant-e-s, à chaque fois qu’elles/ils notent un-e élève, fournissent déjà malgré elles/eux un critère de tri social. Avec les bourses au mérite, ils participent activement à l’exclusion sociale de certaines familles. Il peut également s’exercer sur les enseignant-e-s des pressions nouvelles, puisque chaque note peut influer sur la situation économique de toute une famille.

Avec les bourses au mérite, (comme avec le fichage des élèves par nationalité, qui est demandé dans le cadre de la chasse aux sans-papiers), la société fait jouer à l’école un rôle nouveau. Ce rôle de renforcement du contrôle et du tri social est exactement celui que nous ne voulons pas jouer, nous qui nous battons pour la réussite de chaque enfant, la démocratisation du savoir, l’émancipation de toute la jeunesse.

Toute personne qui en a besoin doit être aidée sans être assistée, et sans tenir le moindre compte des résultats scolaires de ses enfants, de la pointure de chaussures de sa grand-mère, ou de l’âge du capitaine.

Les bourses Royal sont pires que les bourses Fillon, puisqu’elles s’adressent uniquement aux étudiant-e-s des filières scientifiques.

Cette pratique peut s’apparenter à de l’orientation forcée. En Poitou-Charentes, même si elles/ils aspirent à une carrière artistique, commerciale, littéraire ou agricole, les élèves qui n’ont pas trop de moyens financiers vont donc devoir étudier les sciences, si elles/ils veulent que leurs parents soient aidés financièrement.

On sait qu’en France, l’enseignement accorde une place très insuffisante aux questions d’éthique, au relativisme et à la formation de l’esprit critique. C’est particulièrement criant dans les filières scientifiques. La recherche scientifique est de plus en plus inféodée aux lobbys industriels, et à l’idéologie libérale. La science, telle qu’elle est orientée aujourd’hui dans notre pays, renforce essentiellement le consumérisme, la croissance économique à tout prix, l’individualisme. Ce n’est pas cette science-là qui sera le vecteur d’alternatives sociales radicales. La politique de Ségolène Royal conforte l’enseignement dans ce qu’il a de plus borné.

Le programme du PS pour la jeunesse serait donc : "travaille, obéis, ne réfléchis pas", toujours efficace pour fabriquer de la main-d’oeuvre docile, des consommatrices/eurs décérébré-e-s, des électrices/eurs moutonnier-e-s : sur ce plan-là, Ségo-Sarko, même combat.

Nous n’oublions pas que la "gauche plurielle", en particulier avec Allègre (un grand scientifique...), a pris une part très importante dans la casse du service public d’éducation et de recherche.

Il n’y a pas à attendre 2007 pour l’amélioration de l’école publique. C’est dès aujourd’hui, dans les luttes, que nous pouvons obtenir les avancées dont notre société a besoin.