Lycée musulman de Décines : le communautarisme se substitue à l’intégration.

L’école publique, gratuite et laïque est à défendre, et surtout à réinventer !
mardi 5 septembre 2006

L’association Al Kindi souhaitait ouvrir dès septembre un établissement scolaire musulman à Décines-Charpieu, dans la banlieue de Lyon (voir Le Monde daté du
5 août). L’association fait état de 250 préinscriptions, pour 150 places, de la sixième à la seconde. Le prix de la scolarité serait de 1 230 euros par an, pour ce lycée qui deviendrait le plus gros établissement scolaire musulman de France ; il s’agirait, dans un premier temps, d’une école privée hors-contrat. Le Recteur s’est opposé à l’ouverture de cet établissement "pour des raisons de sécurité" liées aux bâtiments.

SUD défend (avec d’autres), une école entièrement gratuite, et donc une école de qualité pour chaque enfant, quel que soit le niveau de vie de ses parents.

Pour nous, l’éducation doit aussi se dérouler dans le cadre de l’école laïque : la religion relevant de la sphère privée, elle n’a pas à intervenir dans la scolarité.

Le plus grand scandale reste les écoles confessionnelles sous contrat, car c’est alors la collectivité qui finance une éducation religieuse. Certaines associations laîques développent aussi des écoles, pour pallier les énormes carences de l’Education Nationale (en particulier pour scolariser les enfants en situation de handicap). Ces écoles laïques devraient être intégrées à l’éducation nationale et bénéficier de davantage d’aides, car elles remplissent une mission de service public.

Si la demande d’une école musulmane est si forte, c’est que l’intégration scolaire et sociale des enfants nés dans des familles musulmanes (venues, en particulier, du Maghreb ou de Turquie) est un échec : l’Etat ne permet pas à l’Education Nationale de remplir correctement ses missions, en particulier dans les quartiers où l’on a concentré ces familles.

Dans ces quartiers, le départ des élèves qui en ont les moyens vers lycée musulman va renforcer la ghettoïsation de leurs camarades.

Il faut s’interroger, en particulier, sur le sort qui sera réservé aux filles dans ce lycée musulman, car dans toutes les religions monothéïstes, certains fondamentalistes luttent contre l’émancipation des femmes. Les enfants élevés dans une famille marquée par l’Islam fondamental sont parmi ceux qui profitent le plus de l’ouverture culturelle proposée par l’école publique.

Voici le communautarisme cher à Sarkozy, qui enterre le modèle français d’intégration que nous défendons sur le terrain, et que nous souhaitons voir se développer véritablement, au-delà des grands discours. Au-delà de l’école, cette intégration concerne aussi le logement, l’emploi et bien d’autres secteurs. C’est une politique globale qui signe son échec ; elle a été menée depuis des décennies, à quelques différences près, par la gauche comme par la droite.

L’éducation dans l’entre-soi (mêmes options religieuses, même milieu social) ne peut pas avoir la richesse que procure une véritable rencontre avec des personnes d’horizons très variés, ce qui constitue le projet d’une école publique laïque et gratuite de qualité. Il importe donc de renforcer le service public d’éducation, en particulier dans les quartiers populaires. C’est aussi, sur le fond, d’une meilleure répartition des richesses et des responsabilités dont notre société a un urgent besoin.

La main-d’oeuvre immigrée importée par le patronat français, en particulier depuis les pays musulmans, a largement mérité sa place dans notre société, et sa part de notre richesse nationale. Ni l’accès parallèle aux "filières d’élite" pour une infime minorité, ni la casse des ZEP, ni l’émergence de lycées musulmans ne constituent la réponse digne d’une démocratie riche. Ces fausses solutions ne parviennent pas à cacher le développement de la ségrégation sociale. Elles font la honte de la France.