Ambition Réussite : la seule chose qui compte, c’est la vitrine

Le Recteur et l’IA refusent de rencontrer les collègues concerné-e-s
mercredi 12 juillet 2006

Dans trois collèges du Rhône classés EP1 "ambition réussite", des enseignant-e-s voudraient simplement comprendre ce qui attend les élèves à la rentrée. Mais cette dernière "réforme" des ZEP, imposée par un gouvernement totalement déconnecté du réel, est complètement floue, et sa mise en oeuvre s’avère fumeuse, précipitée et chaotique. L’institution refuse donc de dialoguer avec les professionnel-le-s de terrain qui voudraient simplement faire leur travail, préparer sereinement la rentrée, et qui n’ont pas attendu les cravatés pour avoir des idées à proposer. Voici la lettre qu’elles/ils adressent à L’Inspecteur d’Académie du Rhône.

A Monsieur l’Inspecteur d’Académie,

Lyon, le 11 Juillet 2006

Nous vous écrivons suite à un premier courrier envoyé le 14 Juin 2006 dans lequel nous sollicitions une entrevue avec vous ou un de vos collaborateurs au sujet de la mise en place du dispositif EP1 dans nos établissements. Nous nous étonnons de n’avoir reçu aucune réponse à cette demande, et nous regrettons encore plus de ne pas avoir été reçus par vos services. En effet, les réunions d’équipes tenues dans nos établissement en fin d’année ne nous ont guère apporté d’éclaircissements sur la mise en place du dispositif EP1, et nos inquiétudes vont grandissant.

Nous nous sommes à nouveau réunis pour échanger et comparer les informations obtenues dans nos lieux de travail respectifs. Nous déplorons tous le manque de concertation entre les services de l’administration et nos équipes pédagogiques. Les réponses apportées par le ministère aux difficultés rencontrées dans nos établissements nous semblent en effet insuffisantes et inadaptées. Les moyens attribués ne correspondent pas aux besoins réels. Une concertation préalable entre vos services et les personnels qui mettent en application et donnent forme à ce dispositif aurait certainement permis d’éviter cet écueil. Pourquoi, par exemple, concentrer des moyens sur quatre professeurs surnuméraires (et donc sur deux voire trois disciplines) au détriment des professeurs déjà en poste ? Les spécialistes ne sont-ils pas déjà sur place ? Ne connaissent-ils pas leur établissement, les familles et leur quartier ? Ont-ils attendu une directive ministérielle pour élaborer des projets pédagogiques visant à la réussite de leurs élèves ? Pour continuer ces dynamiques, ils n’ont pas besoin de décharges concentrées dans le service de quelques-uns : ils ont besoin d’enseigner à deux par classe, de disposer d’un service d’enseignement allégé comprenant plusieurs heures de concertation hebdomadaires, etc.

Que penser également du terme « professeurs surnuméraires » lorsqu’on regarde les DHG de nos établissements ? Nous constatons que leurs dotations n’ont quasiment pas augmenté. Au collège Henri Barbusse par exemple, les moyens attribués n’apportent que très peu d’heures-postes supplémentaires à la DHG, et pire encore, créent une inégalité entre les disciplines : les heures en Français et en Maths augmentent un peu et les heures en langues vivantes diminuent. Au collège Duclos, nous revenons pour la rentrée prochaine aux horaires planchers dans toutes les matières. Enfin, nos directions continuent souvent à imposer des heures supplémentaires à de nombreux enseignants.

Si nous sommes opposés à la création d’un statut « privilégié » pour certains enseignants, nous condamnons tout aussi fortement la création d’un nouveau statut précaire : après la suppression du statut des MI/SE, la création des Assistants d’éducation, des EVS, des CES, CEC et autres CAE, voici maintenant les assistants pédagogiques. Nous n’accepterons pas que des personnes sans formation adaptée, payées trois fois moins qu’un enseignant débutant, remplissent des missions d’aide et de remédiation que les professeurs titulaires remplissaient jusqu’ici. Aucun temps de concertation entre équipe enseignante et assistants pédagogiques n’est par ailleurs prévu dans le dispositif EP1. Quelle cohérence, quel lien alors entre leur travail et celui des enseignants ?

Nous sommes convaincus que notre point de vue est largement partagé lorsque nous constatons les difficultés rencontrées par l’administration pour trouver des volontaires aux postes de professeurs surnuméraires. Aux collèges Barbusse et Duclos, seul un professeur surnuméraire sur quatre a été nommé ! Quelle élaboration de projets peut-on faire quand les personnes désignées comme les spécialistes chargés de les coordonner ne sont toujours pas recrutées à la veille des vacances ? Au collège Jean Vilar, plusieurs des enseignants « surnuméraires » ont accepté un poste EP1 uniquement pour éviter d’avoir à partager leur service l’an prochain entre deux établissements : peut-on alors véritablement parler de moyens en plus ?

La rentrée se prépare dès le printemps : nos élèves ont besoin d’un cadre stable et cohérent dès les premiers jours pour pouvoir réussir. Nos établissements sont nommés « Ambition Réussite ». Comment aider les élèves à réussir lorsque des mesures prises en urgence, dans le cadre d’une gestion à court terme (« période d’essai d’un an du dispositif »), viennent remettre en question le travail des équipes déjà en place, sans leur apporter réellement de moyens supplémentaires, en particulier en terme de formation, d’accompagnement, de soutien à l’innovation, ou de concertation ?

Les moyens « supplémentaires » attribués aux 9 établissements EP1 de l’Académie, semblent d’autant plus inadaptés qu’ils correspondent à des moyens supprimés ailleurs, en particulier dans les établissements classés EP3. Nous déplorons fortement la disparition annoncée de la majorité des ZEP, et serons solidaires des collègues qui s’opposeront à la diminution des moyens attribués dans leurs établissements, dans le cadre d’une politique de redistribution des moyens, selon la réalisation d’objectifs contractuels, qui nous paraît très obscure et incompatible avec l’esprit du service public.

Car finalement ce qui nous révolte le plus, c’est bien cette gestion de plus en plus individualiste du service public d’éducation. La concurrence se développe dangereusement entre établissements, entre collègues et entre élèves. L’école publique doit permettre la réussite de chaque élève, et pas seulement celle des élèves de milieux sociaux privilégiés, ou celle d’un petit groupe d’élèves défavorisés choisis selon des critères opaques.

Nous condamnons donc l’individualisation de plus en plus grande des parcours scolaires de nos élèves. Les bourses au mérite, dérogation à la carte scolaire, et autres intégration dans les filières « d’élite » au nom de la discrimination positive ne concernent qu’une infime minorité. Pour la grande majorité de nos élèves, les perspectives d’avenir s’assombrissent. Qu’adviendra-t-il de notre mission de socialisation, de l’apprentissage du vivre ensemble, des valeurs de solidarité et de coopération, dans une école où quelques élèves bénéficieront de structures d’aide renforcées, au détriment de la majorité de leurs camarades ? Nous sommes en effet très attachés à l’idée d’une école qui fait progresser tous les élèves dans un cadre collectif, et nous ne participerons pas à la mise en place de mesures qui visent à faire disparaître cette conception de l’école.

Nous nous retrouverons dès la rentrée pour envisager les suites que nous donnerons à notre action. Nous vous prions de croire à notre attachement à la réussite de chaque élève, et à la qualité du service public d’éducation nationale,

Les sections syndicales des collèges :

Jacques Duclos (SNES et SUD Education)
Henri Barbusse (CNT Education et SUD Education)
Jean Vilar (SUD Education)


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