SUD Education : quelle stratégie syndicale ?

jeudi 13 novembre 2003

SUD, un syndicat de plus ?

Les syndicats SUD éducation existent depuis 1996, et se sont constitués comme « l’outil d’un syndicalisme différent ». Nous trouvons progressivement notre place originale dans un paysage syndical déjà peuplé et complexe. Dans les périodes de lutte intense, nous avons la conviction que nous devons travailler dans le cadre unitaire le plus large possible, cadre dans lequel nous jouons le rôle d’un aiguillon radical. Cette unité doit se faire sans polémique ni procès d’intention, et sans nier nos différences, mais dans le dialogue et la recherche d’une complémentarité. En dehors de ces périodes, nous voulons affirmer notre identité et notre ambition : dépasser l’antagonisme entre les discours traditionnels (souvent trop pusillanimes) et les discours extrémistes (souvent trop caricaturaux), car personne ne détient la vérité. Le jeu bien réglé entre les syndicats qui se traitent respectivement de « gros mous » et de « petits durs » constitue une formidable perte d’énergie. Nous cherchons un moyen de dépasser l’opposition entre le syndicalisme d’accompagnement et le syndicalisme révolutionnaire. Malheureusement nous n’avons pas encore la méthode efficace, ni les forces nécessaires, malgré notre montée en puissance régulière qui gêne certains syndicats (qui « oublient » de nous inviter aux intersyndicales, par exemple). Nos pratiques et analyses collectives se construisent au fil de l’action, dans l’expérimentation.

Printemps 2003 : un échec collectif

L’expérience du printemps 2003 doit nous aider à être plus efficaces à l’avenir. Cette lutte a mis à nu notre système syndical et politique. La détermination phénoménale de millions de salarié-e-s n’a pas permis de faire plier le gouvernement et le MEDEF. Il n’est pas possible de considérer, par exemple, que la CGT ou la FSU portent toute la responsabilité de l’échec de ce mouvement. Mais il n’est pas question pour autant de taire que la frilosité des grandes directions syndicales est l’une des causes de notre échec. SUD ne veut pas polémiquer, mais ne veut pas non plus cautionner les faiblesses de ses partenaires. Ne nous trompons pas d’ennemi : nous sommes tou-te-s partie prenante de ce système que nous devons transformer. Notre système se construit avant tout sur l’inertie de la grande majorité des salarié-e-s qui ne sont pas syndiqué-e-s, ou qui adhèrent à un syndicat, mais se contentent de tout déléguer à des « professionnel-le-s du syndicalisme », sans demander de comptes. Ce système est gangrené par la compromission, qui paralyse l’action des syndicats classiques entrés dans l’engrenage de la cogestion. Mais l’échec du printemps vient aussi de la faiblesse des forces alternatives (syndicales ou politiques) que SUD a la prétention d’incarner, avec beaucoup d’autres : manque de forces, de lisibilité, de propositions nouvelles...

L’urgence d’un syndicalisme politique affranchi des partis

Le syndicalisme classique est handicapé par une vision obsolète de syndicats qui seraient le « fer de lance » des partis de gauche. L’action syndicale préparerait le terrain, par exemple, pour le PS, le PC, LO, le PT, la LCR (etc...). Ces partis ne représentant pas actuellement une alternative crédible à l’UMP, les partisan-e-s du syndicalisme classique considèrent que le mouvement social n’a pas de perspective aujourd’hui... SUD cherche à construire un syndicalisme pleinement acteur du champ politique, mais comme éternel contre-pouvoir, pas comme avant-garde ou substitut des partis politiques. SUD ne cherche pas à porter les partis de gauche au pouvoir, nous cherchons à faire avancer nos valeurs humaines et politiques contre vents et marées. SUD n’est ni anarchiste, ni révolutionnaire, ni trotskiste, ni communiste, ni socialiste, même s’il recrute certain-e-s de ses militant-e-s dans des groupes qui se réclament de ces théories. Les idées révolutionnaires (anarchistes, socialistes, communistes, trotskistes, etc...) constituent pour nous des références théoriques intéressantes dans la construction d’un discours critique ou d’un projet de société idéale à long terme, mais en aucun cas un programme politique que notre syndicat aurait à appliquer, y compris par la force. Nos combats politiques partent de notre champ professionnel ; l’économie prend de plus en plus le pas sur la politique, et le « monde du travail » est donc le premier champ de bataille et de résistance d’aujourd’hui. L’économie est aussi actuellement le secteur le moins démocratique qui soit. Par ailleurs notre travail, c’est l’éducation, c’est à dire l’un des lieux où se construit la société de demain, un lieu où la promotion des valeurs humanistes est un véritable enjeu politique. Dans le travail commun au sein d’un syndicat sans hiérarchie, nous inventons déjà d’autres rapports sociaux, d’autres modes d’organisation et de pensée.

Les excès du syndicalisme révolutionnaire

SUD construit un syndicalisme de lutte, mais surtout de transformation sociale. C’est ce qui fonde, principalement, notre différence avec les syndicats révolutionnaires (CNT...). Comme SUD, la CNT est un syndicat de lutte, et nous sommes donc proches dans l’action. Nous partageons l’exigence d’un syndicalisme politique au service des luttes, qui travaille à l’auto-organisation du mouvement, et refuse le syndicalisme d’accompagnement et ses dérives bureaucratiques. Mais la CNT, par exemple, refuse de participer aux élections professionnelles, aux instances paritaires, aux conseils d’administrations... Alors que SUD choisit de s’y engager pour aller contrôler ce qui s’y passe, pour faire entendre la voix des nombreu-ses-x collègues qui rejettent ce simulacre de démocratie, pour refuser de laisser toute la place aux syndicats cogestionnaires, dans l’espoir de transformer le système de l’intérieur. Le « tout ou rien » ne nous semble pas une attitude constructive. Les militant-e-s de SUD ne rejoignent pas celles et ceux qui, dans la mouvance du syndicalisme révolutionnaire, veulent mettre l’action syndicale au service de la révolution, en se donnant comme perspective la grève générale insurrectionnelle, autogestionnaire et expropriatrice, qui mettrait au pouvoir des syndicats en lieu et place des structures étatiques. Notre société doit absolument vivre des bouleversements radicaux, mais nous devons inventer collectivement de nouvelles voies de transformation, et de nouveaux modes d’organisation sociale, sans foncer tête baissée vers les mirages du « prêt à penser » révolutionnaire (qu’il se réclame de l’anarchisme, du trotskisme ou d’autres courants), et en évitant le recours à la violence.

SUD : radical et constructif

Pour gagner les combats actuels (contre la précarité, la casse des services publics et de la sécu, etc.), nous devons lutter tou-te-s ensemble. Il faudrait bien plus que les rassemblements que les grands syndicats nous proposent un mercredi par trimestre, mais nous soutenons ces initiatives unitaires, avec l’espoir de les rendre plus offensives. Le 5 novembre, avec d’autres, SUD a ouvert l’action intersyndicale contre la précarité dans l’éducation aux secteurs en lutte : artistes, précaires de tous horizons, chômeuses-eurs (...), ces collègues avec lesquel-le-s nous travaillons à la « convergence des luttes » (mise en synergie de tous les groupes impliqués localement dans les luttes depuis le printemps). Pour nous, la précarité dans le public n’est qu’une facette de la généralisation de la précarité dans l’ensemble de la société. Nous avons invité tous les syndicats de l’éducation à s’associer à cette démarche. Avec celles et ceux qui l’ont souhaité, nous sommes allés occuper pacifiquement une ANPE, afin d’informer les chômeuses-eurs de l’amputation programmée de leurs droits. Nous avons distribué un journal réalisé collectivement pour informer sur nos combats, réclamant un revenu décent pour toutes et tous, et la titularisation immédiate et sans concours de tou-te-s les précaires de la fonction publique, sans condition de nationalité, et assortie d’un vrai droit à la formation. Notre initiative a été critiquée par les syndicats traditionnels, qui estiment que nous avons divisé le mouvement, que les précaires de l’éducation ont été noyés dans un flot de revendications trop générales ou idéalistes, et que la convergence des luttes n’existe pas aujourd’hui, puisqu’il n’existe aucun mouvement social d’ampleur. Espérons que nous réussirons à nous unir efficacement à l’avenir. Les combats que nous avons à mener méritent mieux que des simulacres d’action, des divisions ou des polémiques stériles. SUD doit, à la fois, secouer les syndicats trop prudents, et travailler à l’unité syndicale la plus large possible.

Une autre école, un autre syndicalisme

Notre première bataille est celle que nous devons mener dans l’école. Bataille pour sensibiliser puis mobiliser l’ensemble de nos collègues, afin de constituer une force nombreuse et diverse, capable de faire progresser la justice sociale et la démocratie dans l’école et par l’école, en s’affranchissant définitivement des rêves du syndicalisme révolutionnaire et des cauchemars du syndicalisme bureaucratique. Cette bataille passe par un vrai travail de réflexion et d’élaboration sur le rôle de l’école dans le monde d’aujourd’hui. Nous travaillons aujourd’hui dans l’école de la reproduction sociale, castratrice et asservissante ; dans une école soumise à des pressions économiques intolérables. Nous sommes infantilisés par les rapports hiérarchiques, montrés du doigt comme les responsables de toutes les carences du système, accablés de missions nouvelles, sans formation, accompagnement ou moyens adaptés. Un simulacre d’éducation formate la jeunesse pour qu’elle accepte de vivre dans un simulacre de démocratie. Le syndicalisme que nous cherchons à construire veut participer à l’émergence de l’école de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.


Nous avons reçu un courrier de la CNT à la suite de la publication de cet article dans Itinéraires Sud : voir cette réponse de la CNT


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