Rapport Thélot pour l’Education, dans le JN Solidaires

Article publié dans le Journal National de Solidaires
samedi 30 octobre 2004

Mensongèrement présenté comme le produit d’un “grand débat démocratique“, le rapport Thélot inscrit “l’école de la nation“ dans le cadre du Conseil européen de Lisbonne de mars 2000 : “faire de l’Union européenne l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde“. Même si “la part des emplois peu qualifiés dans l’économie devrait diminuer“, il préconise de “conduire au niveau européen une réflexion sur la notion de compétences de base“ et donne pour mission au système éducatif de “préparer les élèves à se mouvoir dans l’espace politique et économique européen“.

Le smic culturel pour les gosses de smicards

Au motif de recentrer l’enseignement autour des savoirs fondamentaux, Thélot propose de le diviser en trois socles : “l’indispensable“, “l’obligatoire“ et “l’optionnel“. Le contenu du socle commun est déjà bien défini : “lire, écrire, maîtriser la langue et les discours, compter, connaître les principales opérations mathématiques, s’exprimer (y compris en anglais de communication internationale), se servir de l’ordinateur, vivre ensemble dans notre République“. Les enfants en difficulté dans ces apprentissages fondamentaux consacreraient l’essentiel de leur temps à rattraper leur retard au risque d’être privés d’enseignement historique, scientifique, artistique ou sportif. Ces disciplines resteraient pourtant obligatoires pour entrer au lycée.

Le rapport préconise donc rien moins qu’une pré-orientation précoce de ces élèves vers l’enseignement professionnel, assortie d’une éducation au rabais.

Il s’agit ainsi pour Thélot d’aligner les savoirs fondamentaux sur les compétences professionnellement indispensables : savoir lire et écrire (et non acquérir une culture littéraire ou un esprit critique), savoir compter (et non tenir un raisonnement mathématique), connaître l’anglais de communication internationale - c’est-à-dire un bricolage utilitaire qui n’est plus, à proprement parler, une langue - (et non s’initier à une civilisation étrangère), savoir cliquer sur une souris et taper sur un clavier (et non concevoir des programmes informatiques), savoir se plier aux règles sociales. La grande ambition de ce rapport semble donc bien être d’adapter l’Education nationale à l’employabilité de ses élèves.

Des profs employables et corvéables

Ce déshabillage des programmes n’exigerait plus des enseignants le même degré de spécialisation disciplinaire. Les épreuves de recrutement, organisées dans le cadre de la régionalisation, porteraient sur deux matières, bivalence qui devrait, outre les économies effectuées, faciliter le remplacement en interne des profs absents. Une conception “moins rigide“ des emplois du temps porterait simultanément à augmenter de 4 à 8 heures par semaine la présence dans l’établissement pour y assurer relations avec les parents, suivi des élèves ou travail en équipe, activités qui seraient ainsi intégrés au service normal, permettant au passage de faire quelques économies du côté des surveillants...

Des établissements “autonomes“ pour des profs au pas

Thélot n’a pas oublié de renforcer le pouvoir de la hiérarchie administrative. D’une part en lui donnant le pouvoir de recrutement sur “l’équipe de direction“, qui comporterait des enseignants et des CPE sortis du rang (avec prérogatives de gestion des personnels, mais aussi prérogatives pédagogiques, dans le cadre de “dotations contractuelles d’établissement“). D’autre part, Thélot préconise la carrière au mérite par “l’évaluation individuelle“, et la “sanction“ pour les irréductibles au culte de la performance...

Les écoles primaires et maternelles ne seraient pas épargnées par cette fièvre autoritaire, puisqu’on y mettrait aussi en place un corps de chefs d’établissement avec pouvoir hiérarchique, vieux rêve de mise au pas, à gauche comme à droite.

Poisson-pilote de la Loi d’orientation de l’éducation prévue pour le printemps prochain, le rapport Thélot consacre un véritable projet politique pour l’école :

- la relégation sociale des classes populaires, condamnées à renoncer aux études pour s’orienter précocement vers les voies professionnelles ;

- le retour de l’ordre moral, qui fait de la soumission à la hiérarchie un enseignement fondamental (“attitudes nécessaires au citoyen : politesse, respect, sens des responsabilités“) et une méthode de gestion des personnels ;

- l’adaptation de l’école aux besoins des entreprises et des marchés en “emplois peu qualifiés“ (compétences de base pour employabilité dans toute l’Europe).

Combattre ce projet de loi d’orientation, que Raffarin voudrait voir appliquer à la prochaine rentrée, est non seulement la tâche urgente des personnels de l’Education et de leurs syndicats, mais aussi de toutes celles et tous ceux, parents d’élèves, salariés, chômeurs, qui refusent de laisser l’école devenir une entreprise et l’éducation une marchandise.

Les performances économiques futures de la Nation dépendront de la richesse du “capital humain“.

Non, ce n‘est pas une citation du baron Seillières...

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Rapport Thélot pour l’Education (JN Solidaires)

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