Fonctionnaires feignasses...

mardi 31 août 2004

FONCTIONNAIRES FEIGNASSES, QUAND C’EST PAS EN VACANCES,
C’EST MALADE, ET QUAND C’EST PAS MALADE, C’EST EN GREVE...

Comme notre dernier journal l’annonçait, SUD éducation a déposé un préavis de grève qui couvre toutes les catégories de personnel de notre académie, à partir du 20 août, et pour tout le mois de septembre. Il ne s’agit pas de « court-circuiter » la journée unitaire (locale ou nationale) qui pourra avoir lieu assez rapidement après la rentrée ; nous voulons plutôt permettre à celles et ceux qui en ont la force de construire en amont l’efficacité de cette journée, et de préparer efficacement sa suite.

La rentrée 2004 aura lieu... hélas !

Le tableau national de la rentrée, nous le connaissons tou-te-s : budget très insuffisant, baisse des postes aux concours (donc explosion des contrats précaires et des heures supplémentaires), disparition progressive des aide-éducatrices/eurs et des surveillant-e-s, décentralisation annoncée dès janvier pour les TOS... Dans le Rhône, pour 2000 nouvelles/aux élèves dans le premier degré, seulement 70 postes supplémentaires. Dans le second degré, pour l’ensemble de l’académie, 126 postes d’enseignement et 36 postes administratifs ont été supprimés. Au-delà des chiffres, nous le constatons partout, c’est une baisse de la qualité de l’école qui est organisée à tous les niveaux. Le rapport Thélot et la loi d’orientation promise à l’automne vont entériner la casse du service public d’éducation. Les riches iront dans le privé, et les pauvres pourront crever. Le gouvernement-MEDEF a choisi la politique du pire ; face à lui, dans ce contexte de démolition de tous les services publics et de tous les mécanismes de solidarité nationale, un front syndical uni, élargi à l’ensemble la population, doit manifester son attachement à un service public d’éducation nationale de qualité partout et pour chaque enfant. « Il faut faire des économies » martèle Sarkozy. Depuis 10 ans, selon les chiffres du ministère de l’éducation nationale lui-même, la part de la richesse nationale (PIB) consacrée à l’éducation régresse : 7,4 % en 1993, contre seulement 6,9 % en 2002. Mais faire des économies sur l’éducation, qui constitue la base même de la société future, c’est hypothéquer notre avenir collectif.

Un préavis, pourquoi faire ?

Nous ne rêvons pas d’un blocage de la rentrée (le contexte ne s’y prête pas), mais nous savons qu’il peut-être utile à l’ensemble des collègues, là où la rentrée se passera spécialement mal, de savoir qu’elles/ils peuvent cesser le travail sans formalité ni délai, en étant protégé-e-s et soutenu-e-s syndicalement. Voilà le sens de notre préavis de grève, qui constitue aussi un argument pour faire sortir de leur léthargie les autorités administratives, toujours apeurées par la menace de remous, et donc pour assurer à nos élèves des conditions de rentrée un peu moins mauvaises. Nous ne ferons jamais grève avec plaisir. Il faut aimer doublement son métier pour faire grève : il faut le considérer comme une mission sociale à long terme, avant de le voir comme son actuel gagne-pain. Nous ne mésestimons pas la perte qu’une journée de grève représente pour les élèves et leurs parents. Mais nous mesurons, plus encore, tout ce que la jeunesse aura perdu quand notre service public d’éducation nationale sera du même niveau que la « state school » britannique, dans une société qui n’offrira plus aucune protection aux salarié-e-s, aux chômeuses/eurs, aux malades, ou aux retraité-e-s. Ceci ne signifie pas que la grève soit, pour nous, une fin : il s’agit d’un moyen parmi d’autres pour tenter de stopper l’insécurité sociale (précarisation généralisée, casse des services publics et des mécanismes de solidarité nationale).

La grève et le dialogue social

Pour satisfaire des revendications précises, l’Histoire montre que la grève est efficace, lorsqu’elle est massive et qu’elle gêne le pouvoir. Sur des sujets généraux (sécu, retraite...) les fonctionnaires font souvent grève « par procuration », pour celles et ceux qui ne peuvent pas se le permettre. Faire grève, c’est aussi sortir de l’isolement, faire fi des contraintes professionnelles, et libérer du temps collectif pour réfléchir, apprendre, échanger, inventer : si la grève fait peur, c’est d’abord parce qu’elle est, par essence, subversive. Notre pays est paralysé par les grèves, paraît-il. Elles nuisent à notre image, à notre compétitivité, vocifère le MEDEF. Mais s’il existait d’autres moyens institutionnels pour se faire entendre, la grève pourrait disparaître. En effet, que nous propose notre système ? Des élections tous les cinq ans, selon un mode de scrutin qui ne prend pas en compte l’avis de millions de personnes ; des professionnels de la politique ou du syndicalisme qui méprisent profondément l’avis de leurs « client-e-s », et ne savent pas résister aux lobbys et aux délires des expert-e-s... et des citoyen-ne-s qui, en délégant leur petit pouvoir sans discuter, cautionnent et fabriquent ce système. Et contre celles et ceux qui veulent encore vivre debout, les grenades lacrymogènes, les flash-balls, le flicage systématique, la répression des militant-e-s...

Nous aimerions qu’un véritable dialogue social se mette en place dans notre pays : que la population, et en particulier les personnes les plus faibles, soient véritablement écoutées et prises en compte. On pourrait commencer, par exemple, par autoriser en France ces referendums d’initiative populaire qui existent déjà dans de nombreux pays. Sommes-nous des débiles mentales/aux incapables de réfléchir, débattre et trancher ? Sommes-nous bon-ne-s seulement à donner carte blanche tous les cinq ans à des icônes marketing qui penseront à notre place ? Alors, hélas, on ne nous laisse pas le choix : dans le contexte actuel, un blocage massif et durable de l’ensemble des rouages sociaux et économiques est l’un des moins mauvais moyens pour établir les bases d’un dialogue social véritable.

Râler ne suffit pas !

Notre pensée syndicale ne se réduit pas aux slogans des manifs, qui sont forcément réducteurs. Nos revendications ne se résument pas à des problèmes de moyens. Nous ne nous contentons pas de contester les « réformes » en cours : nous défendons des propositions alternatives pour offrir un avenir véritable à chaque enfant. Nous refusons le statu quo : nous voulons une autre école, et une autre société. L’école de la réussite et de l’émancipation pour chaque enfant, l’école de l’anti-autoritarisme, de la responsabilité, de la coopération est à construire, à partir des nombreuses expériences locales qui existent (ou ont existé), en France et ailleurs. Si l’on accorde aux professionnel-le-s volontaires la liberté nécessaire, ces expériences peuvent s’étendre très largement. Mais l’école changera radicalement quand notre pays offrira à tout le monde une véritable sécurité sociale : si nos élèves sont assuré-e-s d’avoir, à la sortie de l’école, non pas un avenir de précarité, mais un revenu suffisant jusqu’à leur mort (même dans les périodes de formation, de maladie...), un emploi avec de bonnes conditions de travail, un logement décent, une bonne assurance maladie et vieillesse... Si la précarité ne guettait plus les élèves, le rapport aux apprentissages changerait profondément, et les missions de l’école seraient profondément modifiées.

La revendication d’un salaire universel (supérieur au SMIC actuel, de la majorité à la mort), et la mise en place de la sécurité sociale du logement, représente pour nous une base revendicative forte. Il est possible de financer ces mesures, en particulier par une fiscalité juste (disparition de la TVA, taxation des profits, imposition équitable sur l’ensemble des revenus, en particulier spéculatifs). Dans notre pays, qui est l’un des plus riches du monde, et qui n’a jamais été aussi riche, la richesse revient de moins en moins à celles et ceux qui la fabriquent par leur travail : elle est de plus en plus aspirée par les circuits de la spéculation et l’économie virtuelle, pour ne profiter qu’à une poignée trop riche. La première manière de taxer leurs profits serait d’augmenter massivement les salaires. Comme le referendum d’initiative populaire, ces propositions économiques n’ont rien à voir avec l’insurrection armée, la dictature du prolétariat ou la révolution kolkhozienne. Il s’agit simplement des premiers petits pas vers une société plus juste et plus solidaire à inventer collectivement.

Une journée unitaire efficace, vite !

Nous appelons de tous nos vœux une journée d’action nationale unitaire en septembre. Dans le Rhône, l’intersyndicale de l’éducation travaille dans ce sens depuis des mois. Une journée réussie dans l’éducation, construite comme le point de départ d’un mouvement interprofessionnel fort, c’est l’un des meilleurs moyens de faire démarrer une lutte efficace. Par contre, une grève sectorielle de 24 heures sans perspective ne serait qu’un cadeau supplémentaire à Sarkozy qui fera des économies en réduisant nos fiches de paie. Mais l’avenir de notre lutte dépendra de notre détermination sur le terrain. Alors si nous rentrons, ce sera à reculons, en dénonçant les problèmes haut et fort, en refusant de « boucher les trous », de faire du zèle et de bricoler des solutions à court terme : les dysfonctionnements se multiplieront, et les collègues indécis-e-s verront que nous avions raison d’avoir peur et de nous mobiliser en amont.


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