itinéraires SUD n°63 - septembre-octobre 2009

jeudi 28 janvier 2010

Edito

Et si l’on ne se laissait plus avoir par la com’ ?

Ouvrez la telé, écoutez la radio, déployez les journaux, un ordre nouveau est en train de voir le jour. Fini le capitalisme sauvage, finis les paradis fiscaux et leurs cohortes de nantis, fini l’argent roi, vive la régulation ! On aimerait y croire, tellement, et pourtant... ceux qui aujourd’hui nous chantent les vertus de l’interventionisme et de la régulation, qui nous disent que la France s’en sort mieux grâce à son système social, sont les mêmes qui il y a peu louaient la dérégulation, le moins d’état, la privatisation des services publics et l’argent roi. Plus rien non, plus rien sur les privilèges des fonctionnaires à qui il fallait réapprendre le travail en les convertissant aux techniques de management et au fonctionnement de l’entreprise ! A croire que les vrais privilégiés ont été tellement sous le feu des projecteurs, que certaines ficelles, bien trop grosses, ne fonctionnent plus.
Alors, auraient-ils vraiment changé nos puissants, nos dirigeants, ceux qui décident à notre place, ou continueraient-ils à nous prendre pour des cons en faisant de la com’ sur le dos de la crise afin de s’empiffrer encore et encore ?
Sous le blabla, la tendance de fond reste la même : dégraissage et casse des services publics, pour faire de gros sous là où il y en a à faire. Quant-à la qualité du service, vous repasserez… Des exemples ? Selon notre président alors ministre à l’époque, France Telecom devait passer sous statut privé mais n’avait pas vocation à être vendu au privé. Qu ’en pensent les suicidés d’Orange ? Même chose pour GDF avant de fusionner avec Suez : que dire du gaz privatisé indexé seulement à la hausse sur le prix du pétrole ? Que dire encore du PDG d’EDF qui veut une augmentation de l’électricité de 20% . Jusqu’ici, grâce au service public, nous avons payé l’électricité 40% moins cher que la moyenne en Europe. 40 % ! Une honte quand il y a aurait tant de bénéfices à engendrer ! D’ailleurs EDF s’est endetté à outrance pour des installations en fin de vie en Grande Bretagne... Il va falloir désendetter, l’augmentation du Kw va pouvoir être justifié d’ici peu. Ouf ! Le mouvement finira avec la fin des services publics : à l’heure où ces lignes sont écrites c’est La Poste qui devrait passer sous statut privé, et l’on nous assure qu’elle n’a pas vocation à être vendue au privé. Nos tarifs postaux sont parmi les moins chers d’Europe. La suite merci on connait.
Et pendant ce temps là, et bien les banques vont bien, merci, grâce à la reprise de la spéculation qui s’est faite avec l’argent du contribuable. Le secteur automobile a touché le pactole et pour autant les délocalisations ne cessent pas, et les sous-traitants ferment à tour de bras. La vraie délinquance financière qui fout le monde à genoux, celle des multinationales et de leurs patrons, continue d’alimenter les bas de laine aux iles caïman ou à Monaco en toute impunité. La justice condamne les salariés ayant mené des actions syndicales un peu musclées pour sauver leur boulot pendant que le fils Fillon joue avec ses copains à Orange mécanique au volant du 4X4 paternel et s’en tire avec un simple rappel à la loi. Tant pis pour la mise en danger d’autrui et le délit de fuite…

La com’ nous prend pour les cons que nous sommes d’ailleurs peut-être un peu, tant il est vrai que nous ne sommes pas aidés. Les médias qui appartiennent à nos financiers retransmettent fidèlement ce que les agences de presse leur donnent à manger. Les grosses centrales syndicales, au mieux laissent faire, au pire apprennent aux salariés à se taire et à se réjouir de leurs primes de licenciement. « Les Thibault et compagnie, c’est juste bon qu’à frayer avec le gouvernement, à calmer les bases. Ils servent juste qu’à ça, toute cette racaille » déclarait en substance Xavier Mathieu, responsable CGT de Continental à Clairoix, tant il est vrai que les professionnels du syndicalisme, ceux qui ne partagent plus les conditions de travail de leurs collègues, semblent avoir basculé de l’autre côté, du côté de ceux qui décident à notre place.

Et à l’Education Nationale alors ? Nous n’échappons à aucune de ces logiques ! Le nombre de poste diminue chaque année de façon exponentielle. Les élèves s’entassent dans les classes au point où que nous avons les classes les plus chargées d’Europe (http://www.linternaute.com/0redac_actu/0408_aout/30_ecole.shtml). La qualité du service diminue petit à petit : moins d’heures de cours en primaire, stigmatisation des enfants les plus fragiles, individualisation de l’échec scolaire, heures de prise en charge par des enseignants spécialisés en voie de disparition, formation professionnelle rendue impossible faute de remplaçants dans le premier degré, absence de TZR disponibles dans le 2d degré, universités qui ne peuvent plus se financer suite aux lois Pécresse, droits d’inscription qui çà et là explosent et renforcent encore la sélection sociale. « On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population… Cette politique peut prendre plusieurs formes : garantie d’un service minimum, formation d’un personnel qualifié complémentaire, privatisation ou division en plusieurs entreprises concurrentes lorsque cela est possible » Cette marche à suivre date de 1996 et se trouve dans le cahier de politique économique n° 13 de l’OCDE, sous le titre La Faisabilité politique de l’ajustement (http://www.oecd.org/dataoecd/24/23/1919068.pdf). Le programme était annoncé, il est appliqué. : tous les secteurs ont été en lutte dans l’éducation depuis 2003 : contre la décentralisation des TOS, contre le Bac Pro 3 ans, contre les suppressions de postes dans le secondaire, contre la réforme des lycées, contre les lois Pécresses : un million de salariés de l’éducation nationale attaqués, corps par corps et qui n’ont eu que du mépris en retour de leurs mobilisations...
Mais il faut dire qu’ils n’ont pas été bien aidés non plus : où était le 2d degré et son syndicat majoritaire, le SNES, quand le premier degré était dans l’action l’an dernier ? Le SNES tonne et s’étonne contre le manque de TZR cette année, contre les budgets alloués. N’était-il pas au courant l’an dernier de l’annonce des 13500 suppressions de postes ? Ne se doutait-il pas que la réforme des lycées sortie par la porte pour ne pas avoir tous les secteurs de l’éducation en grève en même temps allait rentrer l’année suivante par la fenêtre ? Où était le premier degré et son syndicat majoritaire le SNUIpp il y a deux ans quand le secondaire était en grève contre les mêmes suppressions de poste ? Pourquoi la FSU ne s’est-elle pas appuyée sur les collectifs de lutte l’an dernier dans l’éducation ? Pourquoi le supérieur n’a-t-il pas davantage convergé avec ces derniers ? Pourquoi collèges et lycées n’ont-ils pas été solidaires de l’enseignement professionnel sur les Bac pros 3 ans ? Nos élèves n’allaient-ils pas en BEP ? Nos collègues de l’enseignement professionnel ne sont-ils pas victimes de la même logique libérale que nous tous de la maternelle à l’université ?
Pendant ce temps pour les désobéisseurs, les têtes tombent, Rafalo, Redon et les autres : sanctions, abaissement d’échelon, retenues sur salaires, mutation d’office. Et le SNUIpp 13 de se réjouir du résultat de la commission disciplinaire d’Erwan Redon : il n’est pas licencié, seulement muté d’office. Génial. Comme dans le privé, youpi vous êtes viré mais vous avez votre prime. Le délégué CGT de Continental n’avait finalement peut-être pas tort...

Sud Education ne se satisfait pas de défaites que l’on fait passer pour des semi victoires et refuse la casse du service public d’éducation qui profite d’un syndicalisme bureaucratique et corporatiste. Sud Education a été présent partout avec les collectifs de lutte et a apporté tout le soutien qui lui était possible d’amener. Sud Education revendique la fin d’un système qui amène les plus fragiles dans les cordes pour mieux les démolir. Sud Education et tous ses militants travaillent sans cesse à la construction d’un syndicalisme ouvert, où chaque adhérent peut, s’il le souhaite, participer au processus décisionnel lors des AG mensuelles qui sont le seul lieu de prise de décision. Sud Education affirme que les luttes appartiennent à ceux qui les mènent, que le syndicat n’est qu’un outil dont se dotent des salariés, un outil qu’ils doivent contrôler d’un bout à l’autre, sans que des professionnels des luttes viennent leur dire quoi faire ou quoi penser.
La com’ nous prend pour des cons. Reprenons en main notre métier nos luttes et notre avenir !


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