Un lycée en grève pour empêcher l’expulsion d’un lycéen camerounais

RESF
dimanche 18 septembre 2005

Ce matin à 10 heures le lycée Jacques Feyder à Epinay sur Seine (93)
s’est massivement mis en grève. Après de multiples démarches infructueuses
(demandes d’audiences sans réponse, démarches d’élus et d’associations,
pétition...), profs et lycéens réclament ainsi à une préfecture qui fait la
sourde oreille, la libération et le droit au séjour de leur élève et
camarade, Guy Effeye, retenu en rétention depuis 29 jours et menacé d’une
expulsion imminente. Déjà hier une assemblée générale, regroupant 60
professeurs et personnels, avait lancé l’appel suivant :

Appel des enseignants, personnels et élèves du lycée Jacques Feyder

Guy Effeye, élève de terminale STT CG en 2004-2005, a été arrêté le 17
août dernier, alors qu’il travaillait sur un marché en Moselle. Le motif
de son interpellation est « séjour irrégulier sur le territoire national
 ».. En effet, Guy bénéficiait d’un titre de séjour jusqu’au 31 juillet
2005, date qui devait lui permettre de passer les épreuves du
baccalauréat. Un élève de terminale a le droit de redoubler son année s’il
n’obtient pas l’examen. Or, Guy ne peut faire valoir ce droit car il est
en situation irrégulière sur le territoire français.

Aujourd’hui, il est
menacé d’une expulsion programmée pour ce dimanche 18 septembre, qui le
reconduirait au Cameroun, où il n’a plus de liens familiaux ni amicaux,
après cinq ans passés en France. Le paradoxe est qu’on lui refuse
aujourd’hui un pays dans lequel il vient de fonder une famille : il vit en
effet maritalement depuis deux ans, et vient d’avoir un enfant avec sa
compagne. Sa situation est donc doublement tragique.

Après avoir épuisé tous les recours légaux pour lui épargner l’expulsion,
c’ est en désespoir de cause que nous, enseignants, personnels et élèves
du Lycée Jacques Feyder d’Epinay-sur-Seine, où Guy a suivi sa scolarité,
adressons cet ultime appel aux autorités françaises, et, plus largement, à
tous les citoyens du pays.

Cette situation nous paraît en effet dépasser le cadre d’un simple destin
individuel. Elle doit nous interroger sur le sens de notre mission
éducative, et sur le prétendu rôle d’intégration qu’elle doit assurer.

L’enjeu de l’école républicaine a toujours été de transmettre le principe
d’ égalité. On lit en effet dans un livre d’histoire de Terminale : « Le
peuple français proclame que tout être humain, sans distinction de race,
de religion ou de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés. »
(Préambule de la Constitution de la IVème République, rappelé dans la
Vème).

- Comment assumer alors ce discours contradictoire qui consiste à
fédérer les élèves autour de ces principes fondateurs de notre démocratie,
et leur annoncer lundi que nous ne pourrons plus accueillir leur camarade
en classe ?

- Comment, lundi prochain, enseigner l’Education civique,
juridique et sociale qui doit, notamment dans les établissements classés « 
sensibles », assurer la cohésion des élèves autour de valeurs citoyennes
communes ?

- Comment, lundi encore, répondre à leurs angoisses, alors même
qu’ elles sont confortées par l’injustice de telles décisions ?

- Comment
enfin, pour nous personnels de l’Etat, accepter, en dépit de notre
conscience, d’être impliqués dans une telle atteinte à ces principes, dont
nous défendons chaque jour l’universalité ?

Nous appelons à un rassemblement samedi 17 septembre à 15 Heures
Devant le centre de rétention Mesnil ­ Amelot
Aéroport Roissy Charles de Gaulle direction T3


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