Tract de sensibilisation des titulaires aux problèmes de précarité dans l’EN

Intersyndicale (SUD-Education, CGT, CNT, PAS 69, SGEN)
vendredi 17 décembre 2004

Voici un tract de sensibilisation des personnels titulaires aux problèmes et dangers de la précarisation de l’EN, comme décidé en AG des précaires du 13/10/2004. Il doit être distribué largement dans les établissements. Il comporte un recto mêlant un bilan de rentrée à quelques idées phare pour mesurer l’impact de la précarité sur les précaires et sur notre système éducatif, et un verso présentant des actions locales à mener contre la précarité. Maintenant, on compte sur vous pour sa diffusion dans votre établissement !

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Tract sensibilisation titulaires/précarité

Le travail mené au sein de l’Intersyndicale de lutte contre la précarité tout au long de l’année dernière a montré la difficulté à mobiliser nos collègues précaires. Le nombre de questionnaires qui nous ont été retournés est satisfaisant (quelque 70) et nous a permis de formuler un certain nombre de revendications immédiatement liées aux difficultés de terrain rencontrées par les précaires (contrats, retards de paiement, absence de formation, etc.) en plus de notre revendication phare : la titularisation de tous les précaires sans condition de concours ni de nationalité. Dans ces questionnaires, un bon nombre de collègues précaires se déclaraient prêts à s’engager dans un collectif de précaires autonome. Pourtant, les différents rendez-vous qui ont jalonné l’année dernière n’ont réuni que très peu de personnes parmi les précaires, et la dynamique n’a jamais été suffisante pour faire émerger un tel collectif, comme c’est le cas dans d’autres académies (Franche-Comté, par exemple).

La fragilité des personnels précaires explique sûrement en grande partie cette difficulté à se mobiliser : la peur de ne pas être repris l’année suivante, de recevoir un rapport de fin d’année rédhibitoire, l’attitude hautaine des services du Rectorat envers eux, la pression au quotidien face aux élèves, aux parents et souvent aux collègues et la sensation de « devoir faire ses preuves », de « ne pas avoir droit à l’erreur ». Par ailleurs, nos collègues précaires exercent souvent notre métier dans les conditions les plus dures (plusieurs établissements, temps de trajet records, zones sensibles sans avoir reçu de formation, là où le métier est si difficile que les titulaires craquent, ce qui génère le besoin de remplaçants... précaires). Enfin, nombre de nos collègues précaires ajoutent à leur temps de travail des heures de préparation aux différents concours internes ou externes, dispensées bien souvent le mercredi ou le samedi. Il est évident que la préparation aux concours les rend indisponibles pour la lutte, non seulement par le temps que cela leur demande, mais aussi parce que la perspective de réussite rend momentanément supportables les désagréments de la précarité.

L’Intersyndicale de lutte contre la précarité s’est toujours donné comme objectif la constitution d’un collectif de précaires organisé de façon autonome, avec le soutien des syndicats. En attendant que cette heure vienne, elle s’est vu confier de façon pragmatique par les différentes AG de précaires et titulaires une mission de sensibilisation des collègues titulaires. Il est apparu nécessaire de mener ensemble, titulaires et précaires, dans une perspective solidaire, la lutte contre le recours croissant à la précarité dans l’Education Nationale. En effet, le sort réservé aux précaires est largement inquiétant pour le statut même des titulaires : absence de formation initiale et continue, pression hiérarchique par la notation, flexibilité géographique et de fonction, etc. Gageons que si nous ne battons pas pour que nos collègues cessent de travailler dans ces conditions au rabais, demain, ce sont les titulaires qui devrons les accepter. Et comment croire qu’un personnel précarisé, vivant dans l’insécurité sociale, puisse satisfaire les missions émancipatrices que nous souhaitons donner à l’école ? On voit déjà, dans les réactions de certains élèves ou parents issus de classes sociales aisées, face aux difficultés de nos collègues précaires, poindre une attitude d’élève-patron, prescripteur et tout puissant face à l’enseignant en dépendance complète vis-à-vis de sa hiérarchie. On comprend aussi que pour les enfants des quartiers défavorisés, le mythe de l’école ascenseur social est difficilement incarné par des enseignants passés à la moulinette de la précarité.

Impliquer les collègues titulaires dans la lutte contre la précarité, c’est en premier lieu aller à l’encontre de certaines idées reçues, de préjugés bien ancrés dans l’esprit des collègues. Ainsi par exemple :

- un précaire est un jeune étudiant venant se faire la main sur le terrain pour mettre sa vocation à l’épreuve des faits. Les questionnaires montrent que les précaires ont souvent 4, 5 voire 6 ou 7 ans d’ancienneté dans l’Education Nationale. On ne peut plus vraiment parler de test ou de prise de connaissance ;

- un précaire n’est pas formé, il n’est donc pas compétent, il met en péril la réputation de notre établissement car les résultats de nos élèves vont baisser. Le niveau d’études des précaires (Bac+3 requis pour être contractuel) est en fait bien souvent très élevé, et le recrutement, dans certaines disciplines, se fait chez des personnes titulaires de DESS, DEA voire Doctorat. Ce n’est certes pas une formation à la pédagogie, mais à y bien réfléchir, tout le monde s’accorde à dire que le CAPES ou l’Agrégation non plus. Il est cependant vrai qu’il faut se battre aux côtés des précaires pour qu’ils obtiennent le droit à la formation initiale et continue ;

- un précaire est un enseignant peu consciencieux, qui ne se rend pas aux conseils de classe ni aux réunions parents-professeurs. Si c’est le cas, il faut se souvenir que nos collègues vacataires sont payés à l’heure effectuée, et qu’ils ne bénéficient pas d’Indemnité de Suivi et d’Orientation. Donc, soit ils se rendent aux conseils de classe et autres réunions « gratuitement », soit ils effectuent autant d’heures en moins d’enseignement, dans la mesure où ils sont limités à 200 heures par an ;

- un précaire ne sera jamais un bon prof, la preuve c’est qu’il rate ses concours, même internes ou réservés. Nous avons vu plus haut dans quelles conditions nos collègues précaires préparent leurs concours : ils ne bénéficient d’aucune décharge et suivent les préparations en plus de leurs temps de travail. Quand on connaît l’investissement personnel que signifie un concours... Par ailleurs, il faut savoir que les concours internes ou réservés sont très sélectifs, parfois autant que les concours externes, et qu’ils sont donc un leurre en matière de titularisation. Que dire du candidat enseignant précaire depuis sept ans qui s’est vu recalé 6 fois aux concours, et dans le même temps réemployé tous les ans en tant que contractuel ou vacataire ? Incompétent devant le jury, compétent devant les élèves et l’employeur local ?

Une fois ces barrières idéologiques (et d’autres) levées, il reste encore un long travail pour arriver à faire passer la revendication de la titularisation immédiate sans condition de concours ni de nationalité. Pourtant, un grand nombre d’actions peuvent être menées en local, de façon intersyndicale, pour faciliter l’existence au quotidien de nos collègues précaires. Ces idées d’actions vous sont livrées « clé en main » au verso du tract. Certaines ont déjà fait leurs preuves. Toutes permettent d’agir à différents niveaux, en créant un échange entre titulaires et précaires. Ce peut être un vrai point de départ pour une prise de conscience et de confiance. Et pourquoi pas déboucher demain sur un collectif de précaires autonome ?


PS : Vous pouvez photocopier et distribuer ce tract dans votre établissement, aux collègues titulaires, bien sûr, mais aussi précaires, ou bien l’afficher. SUD-Education a décidé d’en faire un tirage en nombre, vous pouvez donc aussi passer au local et en récupérer pour les distribuer. Il ne comporte pas de date, et est donc susceptible d’être distribué tout au long de l’année. La période actuelle est intéressante, car les recrutements de précaires augmentent en lien avec les congés maladie plus nombreux. L’occasion de refaire le point sur la présence de précaires dans nos établissements !


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