REP + ou REP - ? journée de grève et d’action le vendredi 5 mai à Vaulx-en-Velin

Les écoles de Vaulx en Velin se mobilisent pour dénoncer la disparition des moyens en zone prioritaire.
jeudi 4 mai 2017

Dans une tribune ouverte, l’équipe enseignante de l’école Youri Gagarine dresse un bilan précis et alarmant de la lente disparition des moyens attribués à une école pourtant dans le dispositif REP+. Toutes les écoles des Vaulx en Velin se joignent à cette tribune et s’engagent collectivement

- 9h00‬ : réunion de toutes les écoles grévistes à l’école Gagarine et des parents élus.
‪- 12H00 : pique-nique collectif géant sur la place du marché, au Mas du taureau, devant les bureaux des circonscriptions, avec affichage de banderoles.

Lettre ouverte d’une équipe enseignante au Mas du Taureau aux candidats à la présidence de la République

Nous, enseignants de l’école Youri Gagarine exprimons ici, notre détresse face au manque de moyens dont souffre notre école primaire pourtant classée REP+ et la crainte de faillir à notre mission.

Le cas de l’école élémentaire Youri Gagarine à Vaulx-en-Velin (Rhône)

Depuis la rentrée 2015, notre école jusqu’alors classée REP est entrée dans le dispositif REP+, « plus de moyens à ceux qui en ont le moins ». Dispositif pertinent compte-tenu du contexte dans lequel nous travaillons, Vaulx-en-Velin fait partie des communes les plus pauvres de France (taux de pauvreté de 31 ,9%)

Cependant, aujourd’hui, près de deux ans après l’entrée de notre école dans ce dispositif, et devant les difficultés grandissantes que nous rencontrons, nous interrogeons : de quoi bénéficient vraiment nos élèves scolarisés dans une école sensée avoir plus que les autres ? Quels sont les moyens supplémentaires attribués, en dehors de la valorisation de carrière des enseignants ?

Il nous a paru intéressant de dresser un état des lieux des moyens présents dans l’école aujourd’hui, en 2017. Le constat qui suit nous a permis d’observer une forte diminution des moyens qui nous avaient été attribués alors même que les conditions de vie du quartier se dégradaient (taux de pauvreté accru, mixité quasi-disparue…).

=> La quasi-disparition des RASED (Réseau d’Aide Spécialisée aux Enfants en Difficulté)

L’école a perdu 3 postes d’enseignants spécialisés en 15 ans.
Alors que le nombre de nos élèves ayant absolument besoin d’une aide spécialisée et nécessitant une prise en charge par le RASED n’a fait qu’augmenter ces dernières années.

En 2008-2009, nous avions formulé 200 demandes au RASED sur 944 élèves (soit pour 21% des élèves). En 2015-2016, ce sont 324 demandes qui ont été faites pour 1089 élèves (soit pour 29,7 % des élèves).

Actuellement, notre réseau d’aide est composé d’une seule rééducatrice, d’une seule maîtresse d’adaptation et d’une seule psychologue, qui interviennent également dans 4 autres écoles vaudaises. L’augmentation est flagrante et le manque d’enseignants spécialisés est criant car seule une partie de ces demandes est honorée. Sans parler du fait que nous nous sommes mis à limiter considérablement nos demandes d’aide, ayant malheureusement intégré que la moitié à peine des besoins pourraient être pris en charge.
Concrètement, aujourd’hui dans notre école, à cause de cet émiettement du RASED, certains dispositifs comme l’accueil et la prévention en classe de CP ne sont plus possibles.
En raison du manque croissant de structures de soins spécialisées dans la ville, l’accompagnement psychologique des familles et des élèves devient de plus en plus nécessaire sur les écoles. Or la psychologue scolaire ne peut effectuer que peu de suivis car le nombre de bilans psychologiques à réaliser n’a cessé lui aussi d’augmenter et ne laisse guère de temps pour des prises en charge.
Quant aux élèves de cycle 3, ils ne bénéficient plus d’aucune aide. Nous avons dû encore une fois prioriser parmi les plus grandes difficultés scolaires. 

=> De moins en moins d’adultes présents à l’école

En 2000, entre 3 et 6 emplois-jeunes travaillaient dans l’école. Ces adultes supplémentaires, bien que sans formation sauf celle dispensée par les enseignants sur leur temps personnel, permettaient à l’équipe la mise en place d’un travail éducatif ambitieux avec des élèves qui en avaient besoin (travail en petits groupes, gestion individuelle des élèves aux comportements difficiles et perturbateurs, aide en classe pour des ateliers particuliers, chantiers- lecture…etc).

Ces emplois aujourd’hui n’existent plus et nous ne sommes malheureusement pas certains de pouvoir conserver notre seul et unique poste d’assistante pédagogique pour la rentrée 2017. Son contrat se termine fin juin 2017 et aucun recrutement n’a encore été envisagé. Là encore, la machine administrative est lente, et rend la mise en place des projets encore plus précaire. Nos élèves risquent de perdre, à nouveau, un des rares moyens supplémentaires restant à la disposition de leurs apprentissages.

Pourtant, sa présence est indispensable à la mise en place de dispositifs pédagogiques pensés pour mieux aider les élèves, et pour travailler en groupes réduits, dans des classes d’une école classée REP+ mais où les effectifs atteignent 27 élèves !

=> L’illusion d’un réel accompagnement des élèves dans le champ du handicap

Depuis la loi d’orientation 2005, on laisse penser que tous les enfants, dont ceux relevant du champ du handicap (ayant une notification MDMPH), peuvent être accueillis à l’école. C’est un leurre. Si ces élèves sont effectivement accueillis dans les classes, c’est sans les moyens nécessaires adaptés à leur intégration

Des AVS et EVS sont présents dans les classes, certes, mais le constat sur le terrain est malheureux : ces personnels ne sont pas ou très peu formés aux difficultés de ces enfants. Il est grave de constater que les enfants qui auraient le plus besoin d’aide sont confrontés à des adultes qui ne savent rien ou peu de choses de ces problématiques.

Plus grave encore, en faisant croire aux familles que leurs enfants bénéficient d’une prise en charge adaptée, celles-ci ne mettent pas toujours en place les autres démarches indispensables (Centre Médico Psychologique par exemple).
Enfin, la présence de ces élèves et des adultes non-formés qui les accompagnent en classe ordinaire représente un réel travail supplémentaire pour l’enseignant.

=> L’inclusion des élèves à profil particulier sans moyen)

- ULIS (Unités Localisées pour l’Inclusion Scolaire qui permet la scolarisation d’un petit groupe d’élèves présentant des troubles compatibles
- UPEAA (Elèves Allophones Nouvellement Arrivés)

L’école Youri Gagarine accueille en son sein deux classes spécifiques. Les élèves à qui s’adressent ces unités ont tous un profil très particulier et nous nous félicitons de l’existence de tels dispositifs pour les y accueillir. L’inclusion de plus en plus prononcée des élèves relevant de ces unités dans les classes de l’école nous semble des plus pertinentes.
En revanche, il est indéniable que la présence de ces enfants représente encore une nette surcharge de travail pour les enseignants. Cela ajoute plusieurs degrés à l’hétérogénéité du niveau de nos élèves déjà très importante. Il nous faut, avec ce public particulier, individualiser à outrance le travail.
Il y a quelques années, les enfants relevant du dispositif UPEAA (CLIN à l’époque) pouvaient bénéficier d’une prise en charge pouvant aller jusqu’à deux ans après leur arrivée en France. Après être passée à 18 mois, la durée de présence sur notre territoire prise en compte est maintenant limitée à un an.

De ce fait, nous retrouvons dans toutes les classes de l’école plusieurs enfants n’ayant évidemment pas eu le temps de palier, en un an, toutes leurs lacunes. Cela alourdit singulièrement la charge de travail des enseignants. Nous devons, pour eux, individualiser énormément le travail, rencontrer leurs parents, souvent non-francophones en prévoyant longtemps à l’avance l’intervention d’interprètes, multiplier les rencontres avec l’enseignant UPEAA, revoir régulièrement nos emplois du temps afin de les harmoniser pour donner toute son efficacité à la prise en charge.

Nous ajouterons que les enseignants non comptabilisés "devant élèves", comme le maître UPEAA et la maîtresse supplémentaire ne sont pas remplacés en cas d’absence. Une injustice de plus pour les élèves ayant justement besoin d’une aide particulière.

=> Faible formation continue des enseignants en REP+

Les stages de trois semaines de formation en équipe n’existent plus.
En REP+, 6 journées et demi de formation seulement sont prévues sur l’année (par classe donc à partager en cas de temps partiels).

Le nouveau dispositif REP+ allouant à chaque enseignant 9 jours de formation et/ou de concertation est organisée de telle manière que ces journées sont « saupoudrées » tout au long de l’année, sans aucune souplesse de mise en place dans le calendrier. Cela ne correspond pas à nos besoins, ni à nos problématiques. Remarquons aussi que ce nouveau dispositif demande une telle disponibilité et un tel engagement de formateurs qualifiés qu’ils se font de plus en plus rares et certains même ne peuvent même pas finir le module prévu.
Rappelons que quelques années en arrière, les « stages REP » sur plusieurs semaines permettaient de construire avec le collège en réseau un outil adapté aux besoins de nos élèves et un travail plus qualitatif car moins en surface.

=> Le secteur médico-social déserté

Le référentiel REP+ de l’Education Nationale évoque la « création d’un poste d’infirmier par établissement ».

Dans notre école, l’infirmière intervient sur 6 groupes scolaires, soit près de
1 500 élèves Vaudais, trop peu pour faire son travail comme elle devrait pouvoir le faire. Comme si cela ne suffisait pas, pendant les vacances d’été 2016, et sans que nous soyons prévenus, ni que l’institution ne s’en soit rendue compte, le poste de cette infirmière scolaire avait disparu ! Il a fallu le réclamer…

Quant au médecin scolaire, elle intervient sur 9 groupes scolaires de Vaulx-en-Velin ainsi que 2 collèges, et toute la ville de Genas, écoles publiques et privées. Cela représente 6 500 élèves. Autant dire que sa présence est plus que rare dans l’école… dans un milieu où le suivi médical est précaire mais tellement nécessaire.

=> Une école sans informatique et sans peinture

En France, l’Education est dite Nationale. Dans les faits, nous la qualifierions aussi de territoriale car nous savons que les moyens alloués aux écoles dépendent des mairies.

Ainsi, à l’école Youri Gagarine, l’installation informatique relève du musée (Windows 98 installé sur les ordinateurs, connexion internet non fiable, unités centrales sans port USB...) mais nous espérons, en 2017, voir arriver des moyens plus modernes, des années après le centre-ville de Lyon. À noter cependant que nos classes seront équipées de tableaux numériques mais que nous ne verrons pas de nouveaux ordinateurs remplacer ceux en fonction dans la salle informatique (qui sont au nombre de 8 seulement).

Concernant les locaux dans lesquels nos élèves apprennent, le constat est, une fois de plus, alarmant. L’école date de 1972 et pourtant depuis cette date, les classes n’ont été repeintes qu’une fois, les murs intérieurs sont noirs de crasse et ne peuvent être nettoyés, car la peinture s’écaille et tombe. La façade vient seulement d’être refaite, les toilettes pourtant insalubres ont dû attendre plus de 20 ans pour connaître une rénovation, mais il en reste encore certains en piteux état.
Nous en sommes même arrivés à ce que certains enseignants, consternés par l’état de délabrement de leur lieu de travail, reviennent pendant les vacances pour repeindre eux-mêmes leur classe.

=> Plus largement dans la ville, les aides socio-éducatives disparaissent

Le nombre de situations très inquiétantes n’a fait qu’augmenter. Le besoin de suivi des élèves en dehors de l’école est fort. Pourtant, aujourd’hui, un élève devra attendre 2 ans au minimum avant de rencontrer un des psychologues du Centre Médico Psychologique. Aussi par manque de moyens. Les familles, souvent difficiles à convaincre de la nécessité de cette démarche, sont alors découragées et certaines abandonnent parfois.

En 2015, et bien que cela ne soit pas suffisant, il y avait encore 2 psychomotriciens au CMP. Aujourd’hui, on n’en compte plus qu’un pour toute la ville de Vaulx-en-Velin.

Les orthophonistes de la ville affichent des agendas tous complets : actuellement, les élèves ayant besoin d’un suivi doivent attendre un an et demi pour obtenir une place.

Nous avons parallèlement connu une baisse cruciale de l’aide sociale. En effet, le nombre d’assistantes sociales de la Maison du Rhône sur la commune est très insuffisant au regard des situations de détresse que connaissent de nombreuses familles. Il a même diminué car certains départs en retraite n’ont pas été remplacés ; tous les dossiers ne peuvent plus être traités.

Quant au « Lieu-écoute » (psychologues en lien avec celle de notre RASED), nous apprenons cette année qu’il n’est plus disponible pour nos élèves, car réservé aux adolescents.

=> Faire classe à des élèves qui connaissent la précarité au quotidien

Ces dernières années, une dimension affective et sociale dramatique s’est ajoutée à notre quotidien d’enseignants. L’école accueille des élèves qui, certains jours, n’ont pas pris de repas, ne sont pas lavés ou n’ont pas dormi les huit heures nécessaires. Parfois même, ils n’ont aucun toit pour les mettre à l’abri.

Il arrive que leur famille, en grande détresse, viennent nous demander de l’aide comme un dernier espoir. Nous pourrions choisir de les ignorer mais cela est humainement impossible. Nous devons donc faire en sorte de protéger ces enfants en les inscrivant à la cantine au dernier moment, ou en cherchant un hébergement d’urgence pour ne pas les remettre dehors à la fin de la journée.

Cela s’ajoute à toutes les autres difficultés à gérer. Faire classe à des enfants dont on sait qu’ils n’ont pas passé la nuit au chaud, et qui n’ont peut-être pas mangé est très difficile pour nous, et bien loin des valeurs défendues par l’Ecole.

Avec cet état des lieux, nous, enseignants de l’école élémentaire Youri Gagarine de Vaulx-en-Velin, nous tenons à faire part de notre inquiétude au plus grand nombre. Nos années d’ancienneté et la stabilité de l’équipe montrent combien nous sommes attachés à cette école, à nos élèves et à ce territoire dans lequel se concentrent pourtant tant de difficultés. La plus grande d’entre elles aujourd’hui est de réussir à nous concentrer sur l’aspect pédagogique de notre profession et ce, en raison du nombre croissant d’élèves aux besoins particuliers (élèves en situation de handicap, élèves de l’ULIS, élèves UPE2A, EABP, élèves avec des problèmes comportementaux importants, aggravement des situations non prises en charge…).
Très souvent nous nous retrouvons démunis et donc dans une extrême détresse car nous ne savons, ni vers qui orienter les familles (par manque de places ou d’existence de structures) ni vers qui nous tourner nous-mêmes. Les conditions de travail actuelles sont devenues tellement difficiles que la stabilité de l’équipe, seule garante du fonctionnement serein de l’école, est menacée. Nombreux parmi nous sont celles et ceux qui n’en « peuvent plus » et qui songent à changer d’horizon si rien n’est fait pour améliorer rapidement ces conditions de travail.
Nous avons le sentiment qu’on a délaissé non seulement ces quartiers dits défavorisés mais aussi leurs écoles et les enseignants qui y travaillent (pas de médecine du travail, pas d’analyse de la pratique, nous allons nous-mêmes quémander des 10èmes de poste d’infirmière, impossibilité d’appliquer depuis des années les programmes à cause de matériel vétustes en informatique, manque de formation pertinente…)

Aujourd’hui, nous avons le regret de constater que nous ne pouvons pas répondre aux objectifs pourtant fondamentaux d’une école bienveillante et ambitieuse.

Néanmoins, nous ne sommes pas résignés et nous croyons toujours en la capacité émancipatrice de l’école de la République.
Alors avec la détresse qui est la nôtre et notre désir de donner toutes les chances à nos élèves, nous souhaitons par cette lettre, informer largement et alerter notre institution.
Nous savons que nous ne sommes pas seuls dans cette situation, plus qu’inquiétante. D’autres écoles, collèges et lycées de la ville tirent aussi la sonnette d’alarme en ce moment.

Nous avons fait part de ce constat à notre Inspecteur d’Académie, en réclamant les moyens nécessaires au bon fonctionnement de notre école (à savoir la présence d’adultes formés, une limite à 20 élèves par classe, un poste d’assistant pédagogique, la comptabilisation double ou triple d’élèves à besoins particuliers, un RASED entier). Nous attendons aujourd’hui d’être reçus et écoutés, mais surtout que soit apportée une réponse positive à nos demandes.

Le conseil des maîtres et des maîtresses
de l’école élémentaire Youri Gagarine, Vaulx-en-Velin.


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